S’il y a bien un terme qui me dérange particulièrement, c’est bien celui d’enfant-roi. Ces enfants présentés comme des petits capricieux, hermétiques à la frustration, qui se croient tout permis et à qui on cède tout.
Ces enfants qu’on accuse d’exprimer des émotions. De vouloir beaucoup de choses. De toucher. De bouger. D’avoir du mal à respecter les règles. Qui crient facilement. Pour tout. Pour rien.
Une image que les Français aiment véhiculer et emploient à toutes les sauces. Mais au fond, quand on sait que les enfants ne sont que le reflet des adutes qui les entourent, c’est à se demander qui est le plus roi entre l’enfant ou l’adulte…
Qui sont vraiment les enfants rois ?
Les scientifiques, les pédagogues, les sociologues, les anthropologues… s’accordent tous sur une chose : l’enfant-roi n’existe pas.
C’est une pure invention sociétale, comme le Graou, le Yeti, l’Arlésienne…Un peu une sorte de légende urbaine qui fait surtout du bien à ceux qui veulent le croire. Accuser les enfants qui dérangent d’être des enfants-rois, c’est toujours plus facile que de remettre l’adulte en question. De se remettre soi-même en question.
Passons… ce n’est pas (encore) le sujet.
L’enfant-roi, c’est l’enfant qui bouge beaucoup. Celui qui décide de (presque) tout. Qui crie et fait beaucoup de bruit. C’est celui qui ne patiente pas et qui exige. C’est l’enfant intolérant à la frustration et allergique au « non ». Celui qui peut taper une crise à tout moment et même taper le adultes. D’ailleurs, il n’a pas peur des adultes. Il les défie. Les terrorise. Les manipules avec des caprices aussi gros que lui. C’est l’enfant à qui on cède tout pourvu qu’il se calme ensuite.
Derrière tout ça, un enfant-roi ? Vraiment ?
Ne sont-ce pas plutôt les symptômes d’un enfant perdu ? Je ne vais pas passer par 4 chemins : évidemment.
Un enfant qui va bien, qui est respecté, écouté et sécurisé est un enfant qui n’a pas besoin d’adopter des comportements débordants. Il n’a pas besoin de manifester son existence et d’envoyer des signaux d’alerte.
Un enfant qui va bien, sait qu’il peut compter sur l’adulte. Il sait que sa frustration est reconnue et que s’il n’a pas aujourd’hui, il aura peut-être une autre fois. Il n’est ni dans l’ambivalence, ni dans une recherche constante de limites et de repères.
Oui, ce qu’on appelle un enfant-roi est en réalité un enfant en détresse. Un enfant qui évolue dans un cadre trop flou, avec trop peu de limites : il n’est pas sécure. Alors tout l’angoisse et pas grand chose le rassure.
Il développe des mécanismes pour essayer de trouver des limites : il touche à tout, se met en danger, crie toujours plus fort, tape toujours plus fort, exige toujours plus… Jusqu’où doit-il aller pour trouver une limite ? Que doit-il faire pour s’assurer que son parent sera bien là en cas de « chute » ? C’est réellement de ça dont il est question.
Il se roule par terre ? Explose à la moindre contrariété ? Mais qui lui a enseigner comment réagir ? Personne. Il fait avec ses propres moyens. Et si jeune, il en a peu. Alors il se construit avec ça, comme il peut. Les émotions, comme tous les enfants du monde, il les ressent, ne sait pas quoi en faire et se fait ravager de l’intérieur. Personne n’est là pour lui, l’accompagner, le soutenir, lui expliquer… Quand est-ce que ça s’arrêtera ?
Ce fameux enfant-roi, est surtout un enfant en grande souffrance psychique, avec trop peu de repères, trop peu de soutien. Souvent face à des adultes eux-même perdus ou en souffrance.
Quand l’adulte est défaillant
Aussi dur que cela puisse être à entendre, c’est bel et bien l’adulte qui est défaillant dans ces cas de figure. Parfois de manière consciente, parfois de manière inconsciente.
Quand je parle de manière consciente, je parle bien entendu de parent qui refusent de poser un cadre sécurisant et sécurisé au nom d’une interprétation absolument erronée de certaines pédagogies. « Aide-moi à faire seul », ça ne veut absolument pas dire « Laisse-moi tout seul ». Ces adultes ayant souvent reçu une éducation beaucoup trop stricte, autoritaire et rigide et qui sont dans un rejet total de toute forme d’autorité sur l’enfant. En gros, ce sont des parents qui, sans nuances, refusent que leurs enfants vivent les mêmes frustrations qu’eux.
Et bien-sûr qu’une éducation autoritatiste c’est trop rigide pour l’enfant avec de réels effets néfastes. Mais le laxisme n’offre pas une enfance sans frustrations. Elles sont simplement différentes, mais tout aussi douloureuses et intenses.
Quand je parle de manière inconsciente, je vais parler des parents plutôt démunis dans les outils et les ressources dont ils disposent. La société dit qu’il faut fait ci, la famille dit plutôt comme ça, le pédiatre encore autre chose, les amis conseillent plutôt ça, ci et ceci-cela, tandis que dans leur fort intérieur, c’est encore une autre réalité qui existe. Il y a alors une espèce d’ambivalence qui s’installe et c’est là que ça dérape.
Le parent s’essaie à ses convictions, mais peu assuré, ne se laisse pas le temps et surtout ne se fait pas confiance. Il tente alors une autre technique, avec encore moins de conviction… et voilà, le cercle infernal s’installe sur fond de manque de confiance en soi.
Cela peut aussi être l’absence de repère et de ressources pour le parent. Il sait qu’il ne faut pas laisser pleurer, il sait qu’il faut que l’enfant expérimente par lui-même, etc. Mais il n’a pas toutes les infos, du coup, c’est décourageant et très flou, incomplet.
Quoi qu’il en soit, dans une grande partie des cas, nous avons des parents qui pensent vraiment bien faire avec leurs enfants. Qui pensent vraiment être dans le juste et la meilleure manière de faire avec leur enfant. Des parents qui peuvent avoir de grandes convictions mais bien trop seuls dans leurs actions parentales et leur parentalité.
Et il y a aussi ces parents qui s’efforcent d’aller vers certaines convictions, qui essaient, encaissent, accumulent, fatiguent puis explosent. Comme des bombes à retardement. pouf ! Sans jamais savoir combien de temps ils vont tenir ni quel sera l’élément déclancheur.
Et je le rappelle, les enfants imitent les adultes.
Toujours des enfants-rois ?
Maintenant que nous savons que les fameux enfants-rois sont en réalité des enfants plutôt perdu et en difficulté.
Maintenant que nous avons identifié que ces difficultés et cette absence de repère sotn conférées par les adultes qui entourent l’enfant et principalement ses parents, de manière consciente ou non.
Maintenant que j’ai mis en avant que c’est avant tout un manque de soutien, de connaissances, d’informations fiables et de ressources pour les parents.
Peut-on toujours considéré que ce sont des enfants-rois ? Cela me semble très injuste. Peut-être même déplacé. Parce que plutôt que d’apporter un réel soutien aux parents : on les juge. Plutôt que d’accompagner les enfants, on les catégorise. Comme s’ils étaient irrécupérables et deviendraient des adultes sans foi ni loi.
Mais ce qui m’interpèle le plus dans tout cela, ce sont les personnes qui emploient ce terme. Comme si elles étaient irréprochables alros qu’en réalité…
- Elles sont sans-gêne
- Parle très fort
- Elles sont d’une exigeance folle
- Se braquent ou se vexent à la moindre contrariété
- S’offusquent si on leur tient tête ou ne partageons pas leur avis
- S’indignent de devoir attendre
- Touchent à tout, notamment les produits frais comme les fruits et légumes
- Ne tolèrent pas la différence et l’autre différent
La liste n’est pas exhaustive.
Et le plus… « drôle »… on va dire ça. C’est souvent de constater que ces mêmes personnes réagissent avec les enfants comme si elles étaient en compétition avec eux.
Aburde. Absurde. Absurde.
Vraiment. Allez au restaurant, et écoutez. Qui fait le plus de bruit ? Qui cherche-t-on a faire taire à tout prix ? Quelles sont les motivations de ces « bruits » ? Une pensée à tout ces bébés qui pleurent pour exprimer un mal-être ou un besoin et dont l’adulte cherche à faire taire avant de chercher la raison des pleurs.
Allez dans les magasins. Regardez qui achètent le plus de futilité. Une pensée à tous ces adultes qui comblent leur enfant intérieur avec tout ce qu’on leur refusait enfants (j’ai pas dit qu’il faut tout acheter aux enfants hein !).
Rendez-vous aux soldes. Observez qui joue des coudes pour avoir LE truc qui reste, presque prêt à se battre pour l’avoir.
Une pensée à toutes ces portes, ces voitures, ces appareils, ces objets abimés par accès de colère. Par qui ?
Une autre pensée à ces objets balancés au sol ou jetés à travers une pièce par frustrations ? Par qui ?
Qui a le plus le comportement d’un roi au final ?
Certainement pas les enfants.