Etre accompagnante parentale quand on est éducatrice de jeunes enfants (EJE), c’est presque une évidence.
Pour moi cela fait partie intégrante de mon métier et de mes actions : comment accompagner l’enfant sans sa famille ?
Lorsque j’ai débuté dans la petite enfance, mes croyances, liées à mon éducations et mes représentations sociales se sont heurtées à une réalité qui me dépassait. Pour moi, une chose me paraissait ultra simple : il fallait faire preuve d’une forte autorité sur les enfants pour avoir leur respect et une autre me semblait ultra lucide : les parents savaient de manière innée et évidente s’occuper de leur enfant, pourquoi ils pleuraient, comment agir etc.
Autant dire que le plongeon dans le grand bain a été glacial : je me suis trompée sur toute la ligne !
Tout ce que je croyais, tout ce que je pensais acquis et tout ce que je me représentais comme certain s’écroulait.

Alors j’ai observé. Beaucoup. J’ai posé des questions. Beaucoup. Je me suis remise en question. Enormément. J’ai appris. Je continue d’apprendre. Et plus j’observais, plus j’écoutais, plus j’apprenais plus je m’épanouissais dans la Petite Enfance. Comme une révélation de moi-même à moi-même.
Me former à la petite enfance et à la parentalité est alors devenu plus qu’inévitable. Après 2 ans en école maternelle et une année en crèche municipale, j’ai intégré la formation d’EJE. Je voulais en apprendre encore plus. Je voulais savoir. Tout savoir !

Après 3 belles années de formation, de pratique sur le terrain, d’apprentissages théoriques, les certifications, le mémoire… et toutes les belles aventures vécues durant ces 3 ans : je suis devenue EJE !
Une seule certitude : rien n’est jamais sûr et définitif. Tout est en mouvement et les neurosciences continuent d’avancer. Les pédagogiques évoluent encore. On a encore tant à apprendre des enfants.
Un objectif clair : remettre l’enfant au coeur de la société et au coeur de la famille. Accompagner les enfants dans leur développement et soutenir la parentalité sans jamais se positionner en super-savant.

D’abord sur le terrain, puis en tant que directrice de structure, mes expériences professionnelles ont été riches et souvent jalonnées de merveilleuses rencontres que je ne peux décemment pas toutes citer ici. Des EJE plus ou moins expérimentées, des Auxiliaires, des accompagnantes éducatives, des agents polyvalents mais aussi des psychomot’, des psychologues, des médecins ou encore des pédagogues…
Je ne peux pas non plus parler de cet enrichissement professionnel sans parler de tous ces enfants et de toutes ces familles que j’ai pu rencontrer, accompagner, soutenir… Ces miliers d’observations, d’activités, de mise en place… Tous ces échanges précieux… Oui, j’aime vraiment mon métier et ce que je vis à travers ce métier.

Malheureusement, sur mon parcours, j’ai aussi cotoyé et travaillé avec des personnes moins bienveillantes et moins enrichissantes d’un point de vu professionnel. Des personnes qui confondent l’accueil de l’enfant avec le chiffre d’affaires par exemple. Des personnes qui n’ont de bienveillance que le mot en bouche tant les actions sont alarmantes. Jusqu’où doit aller la vocation (dévotion ?) professionnelle dans la Petite Enfance ?
Oui, j’ai aussi été poussée à bout en tant que professionnelle. J’ai remis en question de nombreuses notions au nom cette bienveillance justement. J’ai moi-même remis ma propre manière de concevoir la bienveillance. J’ai en tête tellement de phrases horribles que je préfère ne pas les citer ici. C’est à peine croyable quand on sait qu’il s’agit du milieu de la Petite Enfance dont il est question ici.

Pendant plus de 10 ans, ma pratique a évolué, s’est enrichie, s’est étoffée… Et puis je suis devenue maman. Et là, c’est encore une autre réalité qui s’est ajoutée. La mienne, celle de mon mari, celle de tous les parents du monde finalement, peut-être plus spécifiquement des parents en France en fait. Le manque de soutien, le manque de vraies informations, le manque de transmission de connaissances fondées, le manque de place, le manque de moyen, le manque de considération, le manque de tranquilité, le manque de TOUT.

C’est là que tout à basculé pour moi.

Le parent est le premier éducateur de son enfant.

Ca, c’est quelque chose que j’ai très vite intégré. Le parent est l’acteur principal dans l’éducation de l’enfant. Il est la figure d’attachement primaire, le recueil, celui qui rassure, qui console, qui montre l’exemple… Le parent est le modèle de l’enfant, il est son tout, il est son monde. Surtout les premières années de vie.

Ce concept de la parentalité, je l’ai aussi appris en formation, sous toutes ses coutures même. C’est passionnant. Vraiment ! Parce qu’en fait, il n’existe pas de parentalité universelle si ce n’est qu’être parent, c’est avoir un enfant.
Chaque famille, chaque lien parent enfant est unique. Et c’est vrai, toutes mes observations depuis 2011 vont dans ce sens. On a beau croire qu’on est le même parent avec chacun de ses enfants, l’unicité de chacun de enfant, leur personnalité, leur caractère, leurs centres d’intérêts… font que la relation est toujours unique. On s’adapte dans les nuances de chacun. Et heureusement.

Sauf que ces nuances, on ne les perçoit pas toujours de la bonne manière et elles ne sont pas toujours si simple. « Oui mais avec le premier… » ou encore « avec tous mes enfants… sauf celui là… » on s’attend à ce que nous ayons des enfants tous similaires que nous allons éduquer strictement de la même manière selon strictement les mêmes conditions et les mêmes besoins.
Oui, mais non. Chaque enfant est différent, même s’il est peut être semblable à d’autres à 90% même 99%, il reste toujours une part de différence. D’ailleurs, si ce n’était pas le cas, nous serions tous identiques, avec les mêmes besoins, les mêmes envies etc. Impossible !

Sauf que dans notre société, en France, on nous a tellement bassiner avec l’autorité parentale, le fait qu’il faille éduquer avec force et fermeté, comme s’il n’y avait qu’une seule bonne manière d’éduquer et le reste, bah… on s’en fiche un peu. Les émotions, les envies, les besoins : surfaits, superflux. Tant que l’enfant ne manque de rien (en apparance), qu’il est sage et poli… ET ça on a du mal à s’en défaire.
Il y a juste à aller sur les réseaux sociaux pour s’en rendre compte, ou même dans les parcs, les magasins ou encore les restaurants. Cette confusion entre le laxisme et l’éducation sans violence est inouïe. On se moque et on juge les parents qui ne violentent pas leurs enfants. On leur prête des prédictions insensées.

Je ne le répèterai jamais assez : le laxisme n’est pas quelque chose de bienveillant ! Au contraire, c’est même très insécurisant pour les enfants et pas que. Alors qu’un mode éducatif basé sur le respect, la confiance, l’autonomie et la sécurité affective, sans violence fait largement ses preuves depuis plusieurs décénies dans d’autres pays et même en France. Bouger les moeurs en France, c’est vraiment le supplice de Sisyphe.

Une société malade

En parallèle de ce rejet presque systématique de l’éducation sans violence en France, il ne faut pas oublier que notre Histoire est très praticulière autour de la vision de l’enfant. Depuis le Moyen-Âge, l’enfant est vu comme un être malin, vil, perfide, « pas fini ». Un être à dresser auquel on portait assez peut d’intérêt.
Je précise qu’il a fallu attendre les années 70-80 pour que les enfants puissent systématiquement bénéficier d’anesthésie dans les chirurgies. Avant, la médecine était convaincue que l’enfant ne ressentait pas la douleur, je laisse à l’appréciation de chacun d’imaginer les opérations, les retraits de dents…

Aujourd’hui nous sommes dans une société devenue malade, allergique et hermétique aux enfants. Ils n’ont plus d’espace en place commune. « No kids », « espace réservé aux adultes uniquement », « réservation non disponible aux enfants »… A moins qu’il ne se’agisse de club spécifiquement pour adulte où on y pratique des choses réservées strictement aux adultes… il n’y a aucune raison valable d’écarte les enfants de la société.
« Ils font trop de bruit » parce que les adultes n’en font pas dans leurs conversations avec des rires à gorge déployée ? Quand ils sont au téléphone et que tout le wagon profite de la soirée olé-olé de la veille avec tous les détails ? Quand ils reniflent, se râclent le fond de la gorge, regardent des vidéos, écoutent de la musique en haut parleur, etc. ? Non les adultes ne sont pas plus calmes ou plus silencieux. C’est même tout l’inverse !
« Ils salissent tout ! » parce que les mégots, les canettes, les papiers en tout genre, les chaussures mal essuyées, les traces de règles dans les WC… ce sont aussi les enfants ?

Les enfants sont des êtres merveilleux qui reproduisent ce que font les adultes. Ni plus. Ni moins.
Ne serai-ce pas à nous, adultes, de revoir notre copie pour montrer un meilleur exemple aux enfants ? D’avoir le comportement que nous attendons d’eux avant de leur reprocher de faire comme nous ?
Ce serait trop simple et moins amusant de nous corriger que d’aller s’attaquer aux enfants.

Alors oui, il y a des enfants qui manquent d’éducation. Mais justement, manquer d’éducation, ce n’est pas être éduqué sans violence, puisqu’il n’y a pas d’éducation, de cadre, de règles… Comment un enfant et l’adulte qu’il va devenir peut suivre et respecter des règles qu’il n’a jamais apprises et qui se présentent à lui comme trop contraignantes ? En même temps, c’est son modèle : les règles c’est pénible. Les règles ne servent à rien. Les règles c’est pas pour moi.
Et dans l’éducation sans violence, c’est là le point d’honneur : on inculque les règles, on montre l’exemple, on trace le chemin pour l’enfant, pour qu’il marche dans nos pas. Sans voir les règles comme une contrainte, pour qu’il se sente concerné comme on se sent concerné en tant qu’adulte, pour qu’il comprenne le sens des règles. Le tout, dans le respect, l’encouragement, la sécurité et la bientraitance qui lui sont dus.

Mais alors pourquoi on s’obstine, encore, malgré les preuves scientifiques et des cas concrets qui se multiplient, à penser que c’est la violence qui est la bonne voie ?

Parce qu’une société malade, ça ne se traite pas avec une dose de Doliprane. Ca demande de véritables mesures, tant politiques que sociales. Ca engage tout le monde à changer son regard et ses comportements.
Ca veut aussi dire remettre en question sa propre manière d’avoir éduquer ses enfants, sa propre vision de la parentalité et des enfants. C’est presque un choc culturel.
Mais ce n’est pas impossible !

Accompagner la parentalité pour tendre vers un demain différent

Mieux orienter, mieux soutenir et mieux accompagner la parentalité, c’est une base fondamentale et incontournable dans cette évolution.
Rompre avec les précepts du style « il va s’habituer aux bras », « la vie est dure, il faut le forger », « faut pas lui donner trop de confort »… Oui oui, on entend encore ça aujourd’hui en 2026 !
Certains parents sont mêmes convaincus qu’une éducation à la dure c’est rendre son enfant plus fort pour affronter la société. Rien ne va dans cette vision.
Pourquoi toujours tendre vers le pire quand on pourrait tendre vers le meilleur ?
Qui a créé cette société si horrible ? Si froide ? Si éloignée de toute valeur ?

Faire appel à une professionnelle de la parentalité, ce n’est pas un aveu d’échec. Bien au contraire : c’est se choisir et choisir son ou ses enfants pour aller vers une pratique parentale plus alignée et plus apaisée.
C’est reprendre le pouvoir sur la société et ses dictats obsolètes, loin des enseignements neuroscientifiques, pédagogiques et des sciences de l’éducation.
C’est aussi s’assurer d’avoir une écoute et des interactions de qualité : l’expertise professionnelle ! Tout le monde peut avoir des enfants, mais tout le monde ne peut pas être parent. Je le dis assez souvent, mais confieriez-vous votre tête à votre boulanger pour avoir une belle coupe ? Iriez-vous chez le poissonier pour acheter des chaussures ? L’accompagnement parental c’est pareil. On ne le confie pas à n’importe qui.

C’est comme tout, il y a de tous les profils professionnels et de toutes les qualités professionnelles. Néanmoins, nous avons le devoir de nous former et de nous informer sur les avancées scientifiques, neuroscientifiques et pédagogiques dans notre secteur. Certains pros le font avec plus ou moins d’assiduité.
Ce qui me choque, ce sont les professionnels qui empiètent sur le terrain professionnel d’autres en racontant plutôt des cracks allant de leur avis personnel plutôt que d’apporter un réel éclairage professionnel. Qu’on soit d’accord ou pas : on doit informer… pas donner son avis !
Oui, il m’arrive parfois d’accomapgner les parents dans des pratiques que je ne mettrais pas en place personnellement, mais qui sont parfaitement adaptées et respectueuses de la famille. Ce qui compte par dessus-tout, c’est le respect. Le respect de l’enfant, de son développement et de ses besoins, mais aussi le respect du parent et de ce qu’il est en capacité de donner. Un exemple assez criant : un parent pour qui le cododo n’est pas envisageable pour ses propres raisons : je le respecte. Par contre, j’explique le fonctionnement du sommeil de l’enfant, de son enfant au regard de ce que nous avons travaillé et de mes connaissances et j’informe le parent sur la posture parentale à adopter selon ses propres capacités… pas selon ce que j’aimerai qu’il fasse. C’est assez insensé.
Alors pourquoi certains professionnels se permettent encore de balancer des injonctions aux parents parce que la pratique ne leur convient pas ? « Laissez-le pleurer… » NON ! Non, non, non et re-non ! On le SAIT, on sait les effets délétères sur le cerveau et sur le développement de l’enfant de laisser pleurer… alors POURQUOI ? pourquoi continuer de conseiller ce truc pourri aux parents plutôt que d’essayer de comprendre ? Bien-sûr que le manque de sommeil c’est de la torture. Bien-sûr que les parents peuvent se retrouver démunis. Mais « Laissez pleurer » c’est une solution ? vraiment ? Bah non.
La bonne posture serai de demander aux parents ce qu’ils font, ce qu’il se passe pour eux, pour leur enfant… d’aller chercher la cause pour agir dessus au lieu de mettre un mouchoir tout moisi…

D’ailleurs, en parlant de conseil : ce n’est pas le travail d’un professionnel. Nous ne sommes pas là pour donner des conseils mais pour apporter des connaissances, du savoir et un éclairage fondé sur les situations. Nous ne sommes pas non plus là pour faire culpabiliser qui que ce soit. Nous savons que si un parent nous appelle à l’aide ou nous consulte, c’est qu’il ne va pas super bien, qu’il a besoin de soutien, pas d’être culpabilisé ou rabaissé.
C’est pourquoi il est essentiel de savoir ajuster sa posture en tant que professionnel et d’orienter les parents lorsque c’est nécessaire. On ne peut pas tout savoir non plus et admettre ne pas savoir et orienter vers quelqu’un d’autre, de mieux compétent, me semble être une preuve de bonne pratique professionnelle.
Le parent, lui a le cerveau en saturation, épuisé et en alerte : il ne discerne plus. C’est facile de lui faire gober plein de truc, pourvu que la situation s’améliore. Par contre, c’est l’après auquel il faut penser, une fois le cerveau apaisé et « reposé » : ai-je fais quelque chose de bien ? Pourquoi ai-je écouté tel conseil, c’est horrible… Oui ce sont aussi des choses que je vois.
Parfois, c’est encore différent : « j’ai consulté untel, mais à part 450€ de moins, la situation est pareille, voire pire » car oui, il y a bien des imposteurs qui profite de ce cerveau en vrac pour s’enrichir. Et en plus d’une horrible expérience pour les familles et un traumatisme certain pour les parents et l’enfant, ça dissuade de consulter à nouveau : l’accompagnement parental, c’est de la pompe à fric.
Croyez-moi… ce n’est pas sur l’accompagnement parental que je fais mon beurre, ou alors ajoutez 1 zéro à mes consultations.

Tout ceci étant dit, la parentalité et l’accompagnement parental sont un univers passionnant et enrichissant. Les échanges sont uniques et les évolutions parentales réconfortantes. Rien que pour cela, je continuerai encore de longues années.

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